Journal

Mercredi 25 janvier 2017

C'est toujours une mauvaise idée de parler politique avec des gens que l'on ne connaît pas bien.

Exemple en décembre dernier avec E. C, copain de collège un peu perdu de vue, que j'avais recontacté, et avec qui je dînais dans un petit resto thaï de la rue de Belleville. Aujourd'hui avocat en droit social, il se trouve qu'E. a aussi travaillé 10 ans au PS, fréquentant quotidiennement, et de près, toute la galaxie de la rue de Solférino. Or voici qu'au moment d'attaquer ses nems, il m'avoue hésiter encore sur le candidat pour qui il votera au premier tour des primaires. Comme je le savais, par certains de ses posts rageurs sur Macron et sa déconstruction du Code du travail, graviter plutôt autour de l'aile gauche du PS, je n'hésite pas à brandir le nom de Benoît Hamon, Hamon qui n'avait pas encore percé dans les sondages. Bingo, il me dit le connaître personnellement, qu'il pense à lui aussi... mais qu'il hésite encore avec Montebourg. Là dessus, plutôt que de jouer la carte de la prudence, qu'il faut toujours préférer dans ces situations, je fais une grosse moue dédaigneuse, comme je sais seul en faire, et déclare, sur un ton d'évidence absolu, comme 2 et 2 font 4, que ce que je n'aime pas du tout chez Montebourg, c'est son souverainisme. A peine ai-je terminé ma phrase, que je vois E. se redresser sur sa chaise, comme si on venait de lui pincer les fesses. « Ah oui ? Eh bien, écoute, c'est justement l'une des seules choses qui pourrait m'inciter à voter pour Montebourg. Mais justement, très bien, parlons-en, abordons les vraies questions. » Et voilà, le mal est fait. Tout le reste du repas sera consacré au futur de l'Union Européenne, au fédéralisme, au souverainisme, aux échecs de la social-démocratie, etc., comme un remake des conversations sur le Traité Constitutionnel qui m'avaient tant déprimé en 2005.
Nous nous séparons devant le restaurant une heure plus tard, en faisant tous les efforts possibles pour rester cordial et ne pas paraître chiffonnés, en personnes bien élevées, mais on sent la tristesse, la flétrissure intérieure, encore qu'on ne sache si c'est d'être contrarié par ce que l'autre nous a dit, ou si c'est de crainte d'avoir déçu une personne que l'on apprécie et que l'on respecte.

Chez le dentiste
Autre exemple d'une discussion politique bien inopportune : le week-end dernier, à l'atelier, avec le trio habituel, ainsi qu'avec B., un ami de JC dont nous ne connaissions finalement pas grand-chose, sinon ses origines niçoises et sa mauvaise vie. Plutôt détendue au départ (les déboires du candidat Fillon et le "Pénélopegate" assurant l'hilarité générale), la discussion s'est évidemment assombrie dès qu'il fut question des faibles chances de la gauche de l'emporter aux prochaines élections, et surtout des scores à venir du Front National.
Je ne sais comment la dispute a vraiment commencé. Est-ce lorsque N. s'est vanté d'avoir reçu un SMS du comité de la primaire socialiste l'invitant à l'investiture du candidat Hamon, dimanche matin, à la Mutualité ? Est-ce quand B. a commencé à se plaindre de la pression fiscale en France, et du mépris dans lequel il tenait les taxes du programme de Benoît Hamon ? Ou est-ce une énième saillie vulgaire et simpliste de ma part au sujet des « patrons » ? Je crois en fait que tout a dérapé quand la thématique "évasion fiscale" versus "fraude sociale" est arrivée sur la table, B. affirmant, et réaffirmant comme un robot, son dégout de payer 1000 euros d'impôt par mois pour qu'en profitent des fraudeurs aux allocations chômage, ce à quoi nous répondions, N. et moi, comme des perroquets, que l'évasion fiscale coûtait bien davantage à l'Etat. Dialogue de sourds, malgré l'absence, a priori, de vrai contentieux, chaque partie prenant soin d'affirmer ne pas s'opposer à ce que la partie adverse déclarait sur le fond.

C'est toujours la même histoire : ces débats s'enveniment dès que l'un des interlocuteurs, par des propos réducteurs, des expressions sermonneuses, renvoie de nous une image qui ne correspond pas à ce que nous pensons être. Quand le discours de l'autre vient nous emprisonner dans une caricature de nous-même, dans laquelle nous ne nous retrouvons nullement (peu importe si c'est à tort ou à raison d'ailleurs). Cette confiscation nous est insupportable, et nous protestons, nous nous emportons, d'autant plus volontiers que nous ne reconnaissons à l'autre aucune autorité particulière pour nous juger. C'est probablement dans cette position que B. s'est senti face à nous : dans une position qui le caricaturait (en cadre sup qui rechigne à payer ses impôts), position dont il a alors cherché, avec un certain esprit polémiste, à s'extraire, au point de finir par nous accuser – les yeux exorbités – de n'être que des proto-gauchistes bien-pensants, et que c'est tout ce qu'il déteste, l'expression de la « détestation », dans un débat de ce genre, signifiant généralement que l'on a dépassé le point de non-retour, que la soupe est désormais trop salée, et qu'il n'y a plus qu'à la jeter.

A la réflexion, cette discussion n'avait rien de très politique, ce n'était qu'une dispute autour de représentations sociales. En l'occurrence, celles que nous avions de B. et celles que B. avait de nous. Chacun avait en tête le moment où, deux heures plus tôt, il nous avait avoué être à la recherche d'un nouvel appartement sur Paris, et du budget conséquent dont il disposait pour cela : 485 000 euros, sans même tenir compte de la vente de son appartement actuel, information qui révélait un patrimoine et/ou un salaire particulièrement élevé, dont aucun de nous ne pouvait, même un peu, se prévaloir.
Or, qui croira que celui qui jouit de tels revenus et surtout d'un tel pouvoir d'achat – malgré un niveau d'imposition certainement en rapport – et qui s'entête néanmoins à vouloir faire la chasse aux « fraudeurs », en oubliant que seule une infime partie de « son » argent sera indûment redistribué, le fait par une préoccupation sincère et désintéressée de l'utilisation du denier public ? L'enjeu pour lui sera toujours la réduction de sa contribution personnelle, peu importe le motif, peu importe le prétexte (prétexte qui alimente d'ailleurs toute la rhétorique de la droite sur la dépense publique : « gabegie de l'Etat », « assistanat », etc. ) et c'est de la conscience que nous avions de cette hypocrisie, de ce non-dit, que se nourrissait notre propre entêtement à répondre à B.
En vain.

Bref, les discussions politiques vont partout bon train en ce moment, et, malgré la fréquente médiocrité des débats, chacun a bien saisi que les enjeux de cette campagne dépassent largement le contexte hexagonal, et que les sinistres prédictions que l'on entend ça et là sur le résultat des élections à venir s'inscrivent dans une évolution plus large des opinions publiques, dont je prie pour qu'elle ne soit que passagère.
Mon dégoût viscéral du nationalisme, qui détermine chez moi, plus que toute autre notion, ma manière de voir les choses, me rend les enjeux et les débats actuels insupportables.

Samedi 8 avril 2017

Quinze ans déjà depuis les dernières vacances à Lisbonne avec P. et D.
En ce début de printemps, la ville m'a paru plus fréquentée encore que durant l'été 2002.
Vendredi soir, le Bairro Alto ressemblait à une grande foire d'alcooliques, avec à chaque coin de rue un bar dégorgeant de touristes européens lambda, et diffusant un rock insipide. Les allées orthogonales du Baixa sont envahies par des dizaines de magasins de souvenirs, qui vendent tous exactement la même camelote. Près de Rossio, il reste heureusement encore quelques magasins de chaussures et de maroquinerie. Et si l'on s'éloigne un peu du centre, on a vite fait de tomber sur une véritable pastelaria, aux vitrines remplies de tentations.

Déambulations dans l'Alfama en fin de journée. De la porte de chaque restaurant devant lequel je passais, s'échappait la mélopée tragique d'un chanteur de fado. Surpris de voir comment ce Portugais, placide, sage, presque neurasthénique au quotidien, révèle ainsi soudain son âme tourmentée dans des cris déchirants.

Retourné au Palacio Fronteira, qui m'a paru plus extraordinaire encore que dans mon souvenir. Le meilleur moment de mon séjour.
Visite guidée de la maison, encore occupée par des descendants de ses fondateurs, paraît-il. A la fin du circuit, sur la terrasse, un chat avec un petit collier orange, parfaitement habitué à ces intrusions régulières dans son territoire, est venu salué très civilement chacun des visiteurs du groupe.

Rentré à pied, par le parc du musée Gulbenkian, musée que j'ai renoncé à visiter, tant la douceur de l'air et la pureté de la lumière invitaient à se promener.

Au miradouro de Santa Catarina, la jeunesse lisboète côtoie les touristes de passage. Les deux populations se rejoignent parfois dans des jeux d'alcoolisation qui se passent de mots. L'ambiance reste calme et décontractée, peut-être sous l'effet du Tage, dont le cours semble s'être figé en contrebas.
Sur l'horizon, baignant dans une lumière argentée, le pont suspendu du 25-Avril.

Je sirote une bière en regardant le soleil se coucher sur la ville. Puis je prends la direction d'un restaurant du quartier voisin de Santos, archi-complet, mais où je trouve in extremis une place au comptoir. C'est la meilleure place dans ces restaus fréquentés par les locaux pour leur cuisine : au plaisir de la dégustation, s'ajoute le spectacle des serveurs débordés, qui débouchent les bouteilles et se saisissent des aliments exposés en vitrine, comme des musiciens virtuoses exécutent une partition.

Lundi 10 avril 2017

L'éternel absent
Week-end anormalement radieux et agréable sur Rouen.

Dimanche 16 avril 2017

Revu C. et D.

J'avais déjà revu D. en septembre dernier, dans son appartement de Clamart où elle vient de s'installer avec son mari et ses enfants, après avoir passé plus de quinze ans sur Marseille. Elle est restée comme dans mon souvenir. Un peu plus posée qu'avant peut-être, mais toujours aussi avenante, cohérente, spontanée, positive. Et le léger assagissement que je remarque aujourd'hui chez elle ne ressemble en rien à du désenchantement, juste à de la maturité. Il faut absolument que nous nous revoyions. Avec son installation sur la région parisienne, je n'ai pas d'excuse.

D. et C.
Les retrouvailles avec C., de passage sur Paris, si elles m'ont fait plaisir aussi, ont été plus surprenantes. Dès la première seconde où elle a franchi la porte de mon appartement, j'ai senti que quelque chose avait changé en elle. Le regard tombant, la voix plus grave, le sourire hésitant. Je ne retrouvais plus l'excitation lumineuse, la pétulance que je lui connaissais. Bien sûr, à plusieurs reprises, elle a déclaré qu'elle était « trop heureuse » de nous revoir, D. et moi, mais on aurait dit qu'elle essayait de dissiper les doutes qu'elle sentait peut-être naître en nous.
Au début, notre conversation ressemblait à peu près à quelque chose. Les potins sur les anciens amis de Rouen, l'élection présidentielle à venir, les progénitures, etc. Mais dès la deuxième bouteille de champagne, C. ne tenait déjà plus debout, et radotait comme un disque rayé. Elle répétait absolument les mêmes phrases en boucle, sans se lasser, à savoir qu'elle était trop contente de nous voir, qu'elle se désolait de ne pas avoir de vrais amis comme nous sur Toulouse, et qu'elle voulait que D. dorme chez elle ce soir. Elle me demandait aussi si je voulais avoir « un petit bébé » un jour, la maternité structurant dorénavant complètement l'existence de C. Toute avinée qu'elle fût, je pense qu'elle avait conscience qu'elle répétait obsessionnellement les mêmes choses, mais, comme elle n'a jamais su faire semblant, ni su faire le moindre effort en société, elle a décidé de s'en tenir à ces quatre seules phrases avec nous, qui constituaient sans doute aussi les seules qui avaient un sens pour elle ce soir. Au début, D. et moi, échangions des clins d'œil amusés, devant ce radotage d'ivrogne, avant de comprendre qu'il nous faudrait l'entendre toute la soirée.

Vers 22 heures, nous nous sommes mis en quête d'un endroit où dîner. C. s'est immédiatement cassé la figure en bas de mon escalier. Nous l'avons ensuite soutenue dans les rues de Belleville, sous le regard amusé des Arabes dans les bars.
Les ai emmenées au Baratin (ce n'est que lorsque j'ai vu arriver la carte, et la tête de D. lorsqu'elle a découvert les prix, que je me suis rappelé que ce restau n'était pas franchement le plus économique du quartier... Mais le raffut des cantines du boulevard de Belleville ne convenait pas du tout à la situation. Quant à C., elle se moquait éperdument de l'endroit où nous l'avions traînée, elle avait déjà oublié quel plat elle avait commandé sitôt après le départ de la serveuse, et, pour la huitième fois de la soirée, elle m'a demandé si je voulais avoir un enfant un jour, tout en chipant du pain dans la bannette de la table voisine).

Bref, C. avait l'air triste, et ce, comme malgré elle. Bien sûr, ses enfants et son mari la comblent, et elle ne tarissait pas de paroles élogieuses et affectueuses sur eux. Mais elle semblait abattue. De quoi ? Je ne sais pas. Du temps qui a passé ? D'avoir vieilli ? De nous découvrir vieillis ? De nous avoir perdus ? De se sentir seule sur Toulouse ?
Je retrouvais le même alcoolisme que celui de ma mère : sur le mode litanique, égocentrique, dépressif. C. a toujours été égocentrique, ce n'est un secret pour personne, et elle en a parfaitement conscience, mais dans mon souvenir, elle avait aussi une capacité à socialiser, à aller vers l'autre, un goût de la fête, ainsi qu'un humour, une auto-ironie, une impertinence drôle et gaie qui non seulement rendaient son égotisme supportable, mais donnaient presque à celui-ci un air de coquetterie.

Lorsque C. déclarait que nous faisions partie de ses seuls vrais amis, nous nous empressions de lui répondre, comme on répondrait à un ivrogne que l'on voudrait consoler, qu'elle aussi, bien sûr, resterait pour toujours notre meilleure amie... Mais je crois qu'indépendamment de nos états de conscience respectifs, nous étions tous les trois sincères dans nos affirmations d'amitié mutuelle. Nous ne pourrons jamais oublier les moments que nous avons passés ensemble à Rouen, C., D. et moi, à une époque où nos vies étaient précaires, incertaines, bancales, où tout était à construire, où l'amour était fragile et trompeur, les rapports avec la famille parfois difficiles, et où l'amitié, par conséquent, tenait toute la place, parce que nos amis étaient la seule chose de valeur que nous possédions.

Quels pires poisons pour l'amitié, que le confort, l'argent, les enfants, les responsabilités ?

Samedi 6 mai 2017

Cauchemar la nuit dernière :
Je suis dans la rue, et j'aperçois une femme qui fait régulièrement irruption sur un balcon, en haut d'un immeuble haussmannien. Je la sens fragile, dépressive, perturbée. Elle rentre, elle sort, en proie à une panique intérieure. Son mec fait des apparitions aussi. Mais au lieu d'essayer de la calmer, je comprends qu'il cherche à profiter de son état pour la pousser au suicide. Il est manipulateur, maléfique.
Soudain je le vois qui aide sa femme à escalader la balustrade en fer forgé. Ils passent à l'acte.
Je détourne les yeux.
J'aperçois ensuite une silhouette allongée sur le trottoir, et j'entends les cris horrifiés des passants dans la rue.

Rêve vite analysé à la lumière des inquiétudes que me cause l'actualité. Je prie pour qu'il ne soit pas prémonitoire.

Il faut dire que sur les réseaux sociaux, on apprend que pas mal de monde va voter Le Pen. En province surtout : dans le Sud-Est, dans le Nord. Dans les villages, dans les petites villes. Des jeunes, des vieux. Même des gays. C'est hallucinant. Beaucoup voteront FN sans grande conviction, en sachant que ce n'est pas un bon choix. Mais ils le feront quand même, par protestation, par colère, pour faire chier. A l'extrême-gauche, de nombreux militants ont décidé de s'abstenir (pour cette raison d'ailleurs, je ne voterai pas pour eux aux législatives. Le vague crédit que j'avais commencé à accorder aux "Insoumis" de Mélenchon a disparu dès qu'ils ont parlé de s'abstenir)
Au 1er tour, j'avais voté Hamon. Mais il s'est vu siphonner toutes ses voix, sur sa droite, comme sur sa gauche.

Fête du travail sous tension. Craintes des attentats, militants antifa déchaînés, déception palpable chez les manifestants d'avoir à choisir, dimanche prochain, entre deux candidats qu'ils rejettent, l'un parce qu'il est associé au fascisme, l'autre parce qu'il est associé au capitalisme.

Mais comment oublier l'histoire des partis d'extrême-droite ? La logique d'affrontement, le désastre moral et social où ils conduisent ?

Chez I.
Vu la petite bande aux Lilas mercredi soir dernier. Avons dîné devant le duel télévisé de l'entre-deux-tours. (je ne comprends pas : ils veulent absolument voir le débat, déclarent en cours de route que le spectacle est lamentable, mais protestent dès qu'on parle de couper la télé)

Et sur le bureau de mes patrons, que voit-on ?
Gi. est convaincu par Macron, il voit en lui un social-démocrate sincère.
Mon opinion sur lui s'est peut-être un poil adoucie, surtout depuis que je l'ai vu tenir tête à MLP, mais je ne saurais dire si c'est l'effet habituel du second tour, quand il faut supporter le champion par défaut et que celui-ci nous devient soudain moins hostile par comparaison avec le concurrent honni (je repense à S. Royal en 2007, qui avait pris des allures de passionaria en croisade contre Sarkozy) ou si j'ai enfin réussi à trouver quelque qualité au personnage.

mercredi 17 avril 2017

Porté par cette bonne humeur qui m'accompagne parfois durant mes petits voyages de printemps, par cet état d'esprit presque idiot qui me rend tout spectaculaire, même les choses les plus banales, j'avoue que j'ai trouvé Cracovie charmante.
Ce que cette ville a à raconter n'a pourtant rien de très amusant, ni de très anodin : la guerre, les purges staliniennes, l'occupation allemande, les déportations, les exterminations, la dictature soviétique...

Visité les camps d'Auschwitz.
Bêtement destabilisé par l'atmosphère très printanière des lieux, ambiance que je n'avais pas anticipé, et que je n'avais évidemment pas associé à un tel endroit. Difficile de croire que ce fut là, là que s'opérèrent les fameuses sélections, là que s'endormirent chaque nuit des détenus décharnés et malades, là qu'on a frappé, gazé, brûlé à la chaîne quantités d'innocents. J'avais au contraire l'impression d'avancer dans une sorte de cinecittà, dans le décor abandonné d'un ancien film de guerre.
Mais paradoxalement, ces visions bucoliques inattendues amplifiaient l'absurde réalité des choses. La contingence des événements. Et, comme par une boucle qui se referme, révélaient la permanence d'une horreur indicible, insoupçonnable, qui pourrait ressurgir presque à tout instant, ici ou ailleurs.

Le premier camp n'est pas très grand. Constitué d'une trentaine de petits bâtiments de brique assez sinistres, il est le plus directement connecté à l'histoire nationale de la Pologne, n'accueillant au départ que des détenus politiques, ou de droit commun, avant de devenir progressivement le laboratoire du génocide des Nazis. Le second camp, Birkenau, est bien plus vaste, et, par ses proportions, révèle que sa construction s'inscrit dans une logique et un temps différents de la guerre. C'est l'industrialisation de la mort, et la liquidation de la "question juive" d'Hitler.

A l'arrêt de car, vers 18h, je retrouve un étudiant espagnol rencontré le matin même, et nous discutons lui et moi jusqu'à Cracovie, ce qui nous épargne à tous deux une solitude pas forcément recherchée après pareille visite.

Les jours suivants, visite du musée Schindler, des vieilles synagogues du quartier de Kazimierz. Je retrouve le même saisissement dans lequel mon voyage à Varsovie, en 2005, m'avait plongé. Cette histoire européenne omniprésente, et passionnante.

En sortant du musée Schindler, j'ère un peu dans le quartier de Podgorze, l'ancien ghetto juif. Présents en nombre dans Kazimierz, les bars branchés commencent à s'installer dans ce quartier là aussi, de l'autre côté de la Vistule. Des opérations immobilières importantes sont en cours.
Ciel bouché, air humide. Indécision de fin de journée.
Je traîne rue Jozefa, sans pouvoir me décider pour un bistrot ou pour un autre. De l'un d'eux se dégage une odeur d'encens un peu particulière qui me fait m'arrêter. Je pénètre alors dans un bar constitué d'une enfilade de pièces très sombres, éclairées seulement à la bougie, décoré de bric et de broc, sur fond de hip-hop. Clientèle d'intellos, d'artistes branchés, sophistiqués, de cette sophistication polak qu'on a tendance à oublier, celle du piano, de la poésie, du cinéma, fort éloignée du folklore traditionnel un peu nunuche qui colle à l'image des pays de l'Est. Un serveur, petit mec à lunettes aux yeux de biche, passe dans les salles en se dandinant pour collecter les verres vides dans un grand panier en osier, comme il ramasserait des fleurs. Son opération terminée, il rejoint une collègue féminine dans une arrière-salle, une fille blasée qui flotte dans des vêtements trop grands pour elle, coiffée n'importe comment, la tignasse blonde vaguement retenue par une barrette. Devant moi, enfoncé dans un fauteuil crapaud, un étudiant longiligne discute avec sa bonne amie en faisant de grands moulinets avec ses mains délicates. Il est mignon tout plein, et il sourit en permanence (alors que sa bonne amie, dans son chemisier blanc, elle, garde un air constamment renfrogné).

Au Cocoon
Cette incursion dans ce bar loufoque me ranime un peu, et c'est l'âme légère que je m'en vais dîner d'une salade dans un restau voisin. Là dessus, je me décide à aller en boîte, au "LaF", un club en sous-sol conseillé par quelque webzine gay. Rien n'indique l'endroit depuis l'extérieur. Pas grand-monde, il est encore tôt. Clientèle manifestement plutôt lesbienne, du coup je sirote mon gin-tonic au comptoir d'un air très détaché, comme si je connaissais l'endroit par cœur. La salle se remplit lentement, quelques mecs font leur apparition.
Je quitte les lieux au bout d'une heure, juste au moment où l'ambiance commençait à monter, pour me diriger vers le "Cocoon", le club gay de Cracovie, situé sur les bords de la Vistule. Avant d'entrer, j'observe un instant les péniches-bar amarrées, j'écoute les voix qui s'en échappent. A l'intérieur du Cocoon, ambiance de club gay à l'européenne, population de jeunes tapettes en tee-shirts à la mode qui se dandinent sur de la house stéroïdée.

Au Lindo
Je ne saurais dire pourquoi Cracovie m'a plu. Pour les mêmes raisons que j'ai apprécié Budapest l'an dernier peut-être. Evidemment ces villes sont touristiques, apprêtées, mais elles sont encore largement fréquentées par les locaux, et leur vie nocturne, ou sociale, est facile d'accès, comme dans les villes de province.

Et pour finir, sur fond de pissenlits, ce charmant breakdancer aux oreilles de Nosferatu :

Vive les Carpates !

Samedi 24 juin 2017

Munich.
Vol AF du matin, rempli aux deux-tiers de messieurs en complet-veston portant mallette. Retour chez Thomas et Alastair, les mêmes gus qui m'avaient hébergé l'année dernière. Appartement toujours aussi bien rangé, toujours aussi affreusement décoré, avec ce mobilier pseudo-Biedermeyer dans le salon et ces kitcheries romantiques dans la chambre. Aber: petit-déjeuner copieux, et proximité de la gare, deux atouts non négligeables vu que j'ai prévu de bouger pas mal durant ce séjour.

L'après-midi, promenade nonchalante dans le parc de Nymphenburg, que j'avais ignoré l'année dernière, malgré l'invitation enthousiaste de mes logeurs à m'y rendre (pareil classicisme ne pouvant effectivement que leur correspondre). Belle lumière jaune. Nature exubérante. Deux faons passent en courant dans mon dos, alors que je suis assis sur un banc.

Sur le chemin du retour, vers 19h30, je fais halte au Königlicher Hirschgarten, grand Biergarten un peu dans le style d'Englischer Garten. Nombreux stands où acheter de la bière et de quoi manger. Reste un bon moment à observer les faits et gestes de la clientèle, à essayer de comprendre comment tout cela fonctionne, avant de m'insérer à mon tour dans ce manège bien rodé, et de tenter de passer commande comme un autochtone. L'absence de plateau semble constituer l'épreuve du feu pour les nouveaux venus. Car il y a difficulté, quand on est seul, à trimbaler simultanément sa boustifaille et sa bière, avec ses deux seules mains, puis à gagner son banc sans tout renverser – un exercice périlleux que je réussis brillamment, mais auquel échoue un autre client devant moi, lequel fait tomber tous ses travers de porc sur le gravier (travers de porc que viendront ensuite piétiner deux chenapans échappés d'une table voisine). Lumière rasante, éblouissant les chevelures blondes et rouquines, comme à Englischer Garten l'année dernière.
J'adore ces grands Biergartens munichois, lieux d'ouverture et de sociabilité. Et de picole, évidemment.

Le lendemain, expédition au Zugspitze. Spectaculaires constructions pour y accéder, avec ce train à crémaillère qui gravit les pentes rocailleuses comme un cabri, puis qui s'enfonce dans les entrailles de la montagne pendant presque vingt minutes, jusqu'aux hauteurs du glacier – das Zugspitzplatt –, que l'on atteint comme on atteindrait une station de métro, ou ce téléphérique vertigineux qui mène aux ultimes plateformes sommitales.

Panorama à couper le souffle.
Déjeune dans la partie autrichienne, dans un restaurant avec vue imprenable. Même si les nuages envahissent progressivement le sommet.
Le téléphérique qui redescend directement sur l'Eibsee est malheureusement en travaux. Vision vertigineuse des ouvriers y travaillant, les pieds dans le vide. Beaucoup de neige au glacier, neige que je foule en jubilant, comme un gamin. Redescends par le train. M'arrête à Eibsee, joli lac au bord duquel je marche une petite heure, alors que les nuages ont complètement recouvert les sommets. Solitude soudaine. Grand silence presque inquiétant.

Le soir, dîne dans un restaurant traditionnel de Garmisch, sur une table installée dans la rue. Quelques gouttes finissent par tomber.
Rentre vers 22h sur Munich, enchanté de ma journée.

Le lendemain, excursion à Salzbourg. Beau temps. Tourisme international un peu pénible, un peu crétin. Prends surtout plaisir à déambuler sur les sentiers arborés qui surplombent la ville. A mon arrivée dans des toilettes publiques, suis pris au dépourvu par le « Grüß Gott ! » que me lance une dame-pipi dans sa moustache.
Comme à Munich, on croise de nombreux jeunes en costume traditionnel, des mecs surtout, dans ces culottes en peau de je-ne-sais-quoi. On finit par s'y faire, voire par trouver ça sexy. Je crois que c'est l'un des moteurs de la mode : le déplacement, la métonymie, tout ça...

Nouvelle nuit sur Munich, avant de gagner Bamberg et le nord de la Bavière le lendemain. La température a encore grimpé de quelques degrés. La gare de Bamberg se trouve en périphérie de la vieille ville ; en marchant le long de l'avenue bordée de platanes qui mène au centre historique, dans cette chaleur estivale, j'ai l'impression d'avoir débarqué dans une ville du sud de la France, à Narbonne ou à Perpignan.
Bamberg est une ravissante petite cité endormie sur les bords d'une rivière. Immenses massifs de roses accrochés aux façades des immeubles. Je me laisse aller au hasard des ruelles et des canaux, je remplis ma bouteille d'eau aux fontaines, je ne pense à rien. Heureux pensionnaires de la Villa Concordia.
Grignotte d'une salade folle et d'une bière fumée (une spécialité locale).
En fin de journée, un peu à regret, je prends mon train pour Würzburg, où j'arrive vers 21h.

Würzburg. La journée a été chaude ici aussi. Le type qui m'héberge, un certain Manuel, habite au cœur de la ville, à deux pas de la Market Platz et du Kaufhof. Son appartement, qui occupe tout le dernier étage d'un immeuble moderne, est chichement décoré (des murs tous nus, deux livres de cuisine et trois guides de voyage posés sur une étagère, un banc de musculation rangé dans un coin, un matelas qui traîne dans l'entrée), et le mec barbu et trappu qui m'accueille est à l'avenant : simple, concret, unkompliziert, comme il s'est décrit dans son profil Airbnb. Pas désagréable pour autant, d'ailleurs, mais pas là pour minauder non plus. On est loin de mes deux précieuses munichoises et de leur brocanterie rococo.
Je dépose mes affaires dans ma chambre, encore plus austère que le reste de l'appartement, j'ouvre une fenêtre pour aérer, puis je sors dans la rue.

On est dimanche soir. Un dimanche soir chaud de juin. Les gens traînent, tentent de prolonger un peu leur week-end en flânant. Sur le vieux pont (sorte de Pont Charles en miniature), on discute et on se saoule à l'apérol, ou au prosecco. C'est l'ambiance d'une ville de province, sans histoire, avec sa petite université, ses restaurants et ses lieux de sortie sans façon, où tout le monde se connaît. Du pont, on aperçoit les vignobles qui recouvrent les collines aux alentours. Et toujours cette ambiance méridionale vraiment inattendue.
J'ai envie de manger des pâtes (déjà trois jours sans pâtes !), et je m'installe à la table d'une pizzeria, dans la rue. Un restau voisin passe de la salsa à tue-tête. On aperçoit quelques silhouettes qui dansent vaguement sur le trottoir. De temps en temps un kéké turc, dans un petit coupé sport, passe dans la rue en faisant vrombir son moteur. Aux tables voisines, il y a une clique de Napolitains un peu improbables ; ils ont terminé de manger, et le patron de la pizzeria, un type bedonnant avec une queue de cheval qui parle avec ses mains – une vraie caricature – offre sa tournée de grappa à ses compatriotes attablés. Parmi eux, il y en a un avec une coupe de cheveux bicolore brun/blanc complètement ratée, vraiment affreuse, on dirait un coulis sur un gâteau. Je ne vois pas son visage, mais j'entends sa voix nasillarde, qui jacasse des banalités avec l'air de raconter une épopée, dans un mélange d'allemand et d'italien assez indigeste. Les serveuses sont des jeunettes avec poitrine. L'une est légèrement nunuche, l'autre un peu pète-sèche. C'est la seconde qui s'occupe de moi.

Le lendemain, je visite la fameuse résidence des princes-évêques, principal monument de la ville. Je m'y rends sans entrain, vu le peu d'amusement que me procure en général la visite des grands palais. Mais j'en ressors charmé – la décoration des salles est effectivement étonnante, d'un baroque exacerbé, délirant, virtuose, qui ne peut laisser personne indifférent. Gigantesques fresques de Tiepolo. Les deux-tiers du palais ont été détruits en 1945, mais progressivement restaurés par la suite, non sans difficulté, certaines techniques ayant été perdues depuis longtemps (c'est du moins ce que je comprends d'une visite guidée à laquelle je me greffe).

L'après-midi, je me rends en train à Rothenbug ob der Tauber, un village médiéval à une cinquantaine de kilomètres au sud de Würzburg. Propret, lisse comme un sou neuf, l'endroit frise la caricature. Mais visite agréable néanmoins, sous un soleil toujours aussi généreux. Remparts, vieilles pierres, ruelles tortueuses, maisons à colombages, etc. Les habitants du centre-ville ont de grosses berlines garées devant chez eux, et font leurs courses dans des supérettes hors de prix. Ne s'installe pas ici qui veut.

Puissante odeur de purin sur le chemin du retour : cette pittoresque citadelle reconstituée pour touristes en mal de germanitude est manifestement entourée d'authentiques porcheries...
Dîné à Würzburg dans un resto de hamburgers fréquenté par des étudiants.

Dans le train pour Heidelberg, Super Dry ne s'intéresse pas du tout à moi. Seulement aux programmes TV de son Spiegel
Le lendemain, j'abandonne la rurale Franconie pour l'industrieux Bade-Wurtenberg, le temps d'une journée, avant mon retour sur Paris programmé en soirée. Je fais donc halte à Heidelberg, où j'arrive sur les coups de midi. Laisse mon sac à la consigne.
Mais après tout ce que la Bavière m'a dévoilé de beauté ces derniers jours, j'avoue que cette ville « romantique » me laisse un peu tiède. Traversé de fort jolis paysages avant d'arriver en gare cependant, le long de la ligne de chemin de fer qui suit les méandres boisés de la vallée du Neckar.

Du haut du fameux château – une ruine au statut de ruine bien entretenu –, on aperçoit au loin toute la plaine du Rhin, qui, plongée dans la brume, semble comme un océan de lumière où viendrait se jeter la vallée du Neckar. Sensation d'être sur une falaise et de contempler la mer.

Malgré la présence marquée du tourisme, je trouve l'ambiance générale, dans les rues, plutôt authentique, en tout cas plus cosmopolite qu'en Bavière, particulièrement sur la Bismarck Platz, où femmes voilées et minijupes H&M se côtoient sans ciller, dans le ballet des tramways, des camionnettes et des vélos. Me promène le long du chemin des Philosophes, sans vraiment philosopher d'ailleurs, plutôt à essayer de cadrer une photographie générale de la ville, la même photo déjà faite mille fois avant moi.

S-Bahn pour Mannheim vers 19h, et ICE jusqu'à Paris (où je m'installe en sueur, tout puant, avec mes sacs en plastique en vrac, mes bouteilles de pif et mes club-sandwichs, à côté d'une jeune Allemande bien mise qui ne demandait qu'à dormir tranquillement).
Arrive à Belleville vers 23h, où T. me remet un double des clefs de son appartement, en vue d'un cat-sitting.
Accueilli par les puces en rentrant chez moi, une invasion comme jamais. Avec, en prime, les vomis séchés de Niko-Niko sur le sol.

Lundi 3 juillet 2017

Dimanche 9 juillet 2017

Barbecue de fin d'année avec les élèves du groupe d'allemand. A Sartrouville, chez L., une Canadienne sympa et pleine d'initiative.
Mais U. n'était pas là. (soupir)
U., c'est l'hétéro super mignon que la fréquentation des pédés émoustille. Il ne me l'a pas dit comme ça évidemment, c'est juste mon interprétation malsaine. Mais il faut dire que depuis le début de l'année, U. s'assoit toujours à côté de moi. U. s'adresse à moi volontiers, U. m'écoute volontiers, U. me regarde volontiers. Moi le mec discret et transparent qu'on laisse toujours dans un coin ! C'est louche quand même (alors que le prof d'allemand, lui par exemple, m'a ignoré superbement toute l'année, m'oubliant toujours à la distribution des papiers, sautant mon tour lorsqu'il interroge les élèves un à un, etc. : ça c'est normal)
Du coup, j'ai fini par tenter avec U. des approches infinitésimales (du genre, une main amicale posée doucement sur son épaule, une invitation à rentrer ensemble après le cours, un message anodin laissé sur Whatsapp)... en vain. Si je vais trop loin pour lui (par exemple, si je lui demande s'il est fidèle en couple), il réplique en me parlant de sa copine. Sa copine, c'est son bouclier féminin.
Et donc je savais qu'il ne serait pas au barbecue de L., hélas !, mais comme j'ai passé l'âge de faire des fixettes sur les hétéros ambigus, j'avais décidé de venir quand même (et comme mes amis "historiques" me laissent de plus en plus souvent sur la touche, je me dis que ce genre de sauterie me permet de garder le contact avec la société, hein, de continuer à fréquenter le genre humain, à articuler des sons audibles, etc)

Alors, dans ce groupe d'allemand, ils sont gentils, ouverts, propres sur eux, mais pour certains, mieux vaut ne pas trop gratter le vernis. Ainsi il y a ce retraité écossais – si cool quand il parle de son whiskey et de ses voyages de jeunesse – qui ronchonne contre la mise à l'index de la voiture dans Paris, et dont l'épouse (française) se lamente de la présence de migrants porte de la Chapelle (« c'est pénible pour le voisinage quand même », dit-elle en trempant son bâtonnet de carotte dans la mayonnaise). Il y a cette jeune fille, si cool elle aussi durant les cours d'allemand, vive, claire, spontanée, tout ça, qui révèle qu'elle travaille en fait pour une organisation patronale du secteur de la peinture, et qui se lance dans une diatribe contre l'ancienne ministre de l'Environnement laquelle, selon elle, n'aurait écouté « que les ONG », au détriment des pauvres PME que cherche justement à défendre son organisation. Je me bâfrais tranquillement, mais quand j'ai entendu ça, dis donc, ça m'a un peu coupé l'appétit. (n'ai rien dit cependant, pas le moment de me faire des ennemis)
Heureusement que U. n'était pas là, dans le fond, parce que j'ai cru comprendre qu'il n'était pas très marxiste non plus.
Vers 17h, pour faire lever le camp à toute la poignée d'irréductibles pique-assiettes qui restaient le cul vissé à la leur chaise, L. a suggéré d'aller se promener le long de la Seine.
Promenade agréable et bienvenue d'ailleurs, malgré la moiteur terrible de l'atmosphère, et alors qu'au loin un orage grondait. Rentré en RER juste avant le déluge général, déluge fort attendu après plusieurs jours de canicule.

A noter : l'horrible gloubli-boulga que j'avais ramené pour l'occasion a eu beaucoup de succès. Se souvenir de la recette.