1981

En janvier, je vais en Angleterre pour la première fois avec mes parents. Voilà d'ailleurs plusieurs semaines que tout le monde parle d'un certain chanteur anglais assassiné à New York, mais moi je m'en fiche un peu. Qui ça ? Jaune les nonnes ?

Vue du jardin (à l'époque, une bulle surgit chaque hiver sur l'un des cours de tennis qui fait face à la maison)
Chaque mercredi, vers 9 heures du matin, arrive Stella, notre femme de ménage. Elle descend du bus, le 1/8, un petit autocar qui grimpe les rues sinueuses du quartier Saint-André où nous habitons. Lorsqu'elle en repart, vers midi, toute la maison sent le détergent et le Febreze. Quelques années plus tard, pour des raisons que j'ignore, elle cèdera la place à deux relations sénégalaises, Sally, puis Astou. Ces dames africaines sont gentilles, et malgré ça, avec ma sœur Sarah, nous leur faisons parfois des farces, en l'absence de nos parents, comme leur administrer une petite fessée alors qu'elles sont occupées à faire du repassage. Vilains, affreux garnements de pays riches que nous sommes ! Cela dit, lorsque mes parents commenceront à connaître des problèmes d'argent, vers 1985, il n'y aura plus de femme de ménage à la maison. La femme de ménage, ce sera ma mère (à qui je me garderai bien de flanquer une fessée quand elle fera du repassage).

A Pâques, comme l'année précédente, nous passons une semaine dans le Cotentin. Nous louons un gîte rural dans un endroit appelé le hameau Thiébot.
Ma cousine Elise, du Havre, nous accompagne. Elise a plus ou moins l'âge de ma sœur. Tous les trois, on fait les fous en permanence !
Elise est un peu maladroite parfois. Elle trouve le moyen de tomber dans le lavoir.

L'école Berthelot
En mai, c'est l'élection de François Mitterrand. Pour aisé que soit l'environnement de l'école Berthelot, je constate, à la récré, que je ne suis pas le seul à me réjouir de l'élection du candidat socialiste, satisfaction qui n'est évidemment que le reflet direct et mimétique de celle de mes parents. Il faut dire que l'école Berthelot n'est pas aussi bourge que l'école Saint-André, la petite école privée du quartier. Dans ma classe, tout le monde ne va pas au catéchisme, et tout le monde ne se promène pas avec un cartable « Tann's ».

Fin juin, comme chaque année, nous partons en vacances à Vernet-les-Bains.
Nous passons une journée à Barcelone, et nous grimpons dans la Sagrada Familia.

Nous faisons aussi l'ascension de la Peña avec Sarah, qui n'aime pas marcher, et qui nous le fait savoir.

En juillet, j'ai 7 ans. L'âge de raison, me dit-on !

Ce sont enfin les grandes vacances, mais je continue à me lever tôt. Car chaque matin que Dieu fait, je me lève tôt, au grand désespoir de mes parents parfois (dans ce domaine, comme dans d'autres, les choses évolueront ensuite notablement). Ainsi, le dimanche matin, alors qu'ils espèrent faire la grasse matinée après avoir invité des amis la veille à dîner, et joué au poker jusque très tard dans la nuit avec eux, ma sœur et moi sommes debout dès sept heures du matin, comme les poules, et, comme les poules, nous picorons les biscuits apéritif qui traînent encore dans les coupelles abandonnées sur la table, entre les cendres de cigarette et les miettes de l'apple crumble que maman avait préparé pour le dessert. A la télé, il y a Le Jour du Seigneur, Gym Tonic et Dimanche Martin. Quelle barbe ! Bon, quand est-ce qu'ils se lèvent ?

Le capitaine Jonathan
Mon cahier de récitation du CE1
Avec mon ami Antoine
En septembre 1981, j'entre en CE1, au cours de M. Staelen.
Avec mes amies Laurence, Marie, et les autres, nous jouons à Titi-Toto dans la cour de l'école. Nous en avons conçu deux versions : Titi-Toto Hanté et Titi-Toto Bêtise. Ce sont des sortes de jeux de rôle, basés sur des scénarios imaginaires, comiques et souvent absurdes.

Classe de CE1 (M. Staelen)
Notre instituteur, M. Staelen, est un homme un peu bourru et lunatique, il ne faut pas trop l'asticoter, on l'apprend vite.
Une fois, en classe, il me gronde parce que je proteste contre Florence (cette chipie !) qui, assise derrière moi, m'asticote depuis 10 minutes : il va jusqu'à m'envoyer dans la classe de Mme Périgne (la punition absolue), où je pleurniche misérablement.
Je ruminerai longtemps cette injustice qu'il m'a faite.

Le centre des loisirs
Le mercredi matin, je prends un cours d'équitation à la SHUR.
J'enchaîne à 11h30 avec une leçon de tennis.
Le mercredi après-midi, maman nous abandonne, ma sœur et moi, au Centre des Loisirs, où, sous la surveillance d'Odile, nous faisons de la peinture et de la poterie. Parfois Laurent, un autre moniteur, nous emmène en promenade en forêt, et parfois nous terminons la journée au petit cinéma d'art et d'essai de Mont-Saint-Aignan.
Avec Emmanuel (un camarade de classe)
Sentence de maman : « Au moins, comme ça, vous ne regardez pas des bêtises à la télévision. »
Autrement dit, on rate Récré A2 et les Visiteurs du Mercredi (et donc Albator, et donc Capitaine Flam, et donc les Quat'z'amis, etc.)

Le jeudi, c'est le jour de la piscine, quelle horreur !

Et le vendredi midi, au menu à la cantine, il y a parfois des choux de Bruxelles ! Beurk !

La bonne action de mon père de la journée : nous emmener à la foire Saint-Romain
Ce genre d'ambiance...
Au mois d'octobre, comme chaque année, la foire Saint-Romain s'installe sur la place du Boulingrin.
La foire Saint-Romain de Rouen, c'est le rendez-vous automnal des montagnes russes, des trains-fantômes de pacotille, des auto-tamponneuses, des barbes-à-papa collantes et écœurantes, des attractions spectaculaires qui donnent la nausée, et des petits manèges à chevaux de bois ringards. L'attraction que je préfère, c'est le cinéma 3D : des travelings frénétiques dans des grands huits américains, des vues accélérées d'hélicoptère, des caméras embarquées qui déboulent les collines, façon landeau du Cuirassé Potemkine... J'aime bien, car ça file le vertige, mais pas trop, et on garde les pieds sur terre ; ça convient bien à ma nature prudente et mesurée...