Vacances au Havre

Élise, Sarah, Sylvie et moi (Noël 1985)
En 1986, ma sœur et moi passons quelques jours au Havre, chez Catherine et Daniel. Nous y retrouvons nos cousines Sylvie et Elise, ainsi que notre cousin Stéphane.
Ils habitent une grande maison contemporaine en briques, dans un quartier résidentiel surplombant l'hôtel de ville.

La disposition des pièces y est inhabituelle, compte tenu de la déclivité de la rue. Des peintures un peu mystérieuses ornent les murs. Un piano blanc attend qu'Elise vienne y faire ses gammes.
Ils ont beaucoup d'animaux : un chat siamois, nommé Igloo, qui dort sur un coin de canapé, une colombe dans sa cage, dont le roucoulement reste à jamais pour moi associé au souvenir de cette maison en briques, des petites tortues d'eau, qui se traînent silencieusement dans un terrarium de la cuisine, et un lapin très discret, surnommé Biscotte, qui joue à cache-cache dans le jardin. Dans la chambre de Stéphane, une année, je tombe même sur un vivarium où des phasmes sont plongés dans une torpeur impénétrable.

La maison
Le Havre... Avec ses rues aux noms de peintres et d'écrivains, ses larges avenues rectilignes balayées par le vent marin, sa plage de galets, d'où l'on contemple le ballet ininterrompu des porte-conteneurs...

Ma sœur et moi jouons surtout avec Elise. L'une de nos occupations favorites consite à tenir un restaurant, dont nous sommes les serveurs et les cuistots. Cette année 1986, nous écoutons en boucle l'album Sauver l'amour, de Daniel Balavoine, ainsi que les tubes qui passent à la radio, comme Russians de Sting, ou Maria Magdalena de Sandra. Impossible également d'échapper au hit Comme un ouragan de Stéphanie de Monaco.

Dash 3
Lorsque nous sommes lassés de jouer à "Dash III", notre jeu d'arcades favori, sur l'Amstrad CPC 664, nous entamons des voyages fabuleux sur la moquette bleue du salon, dont nous imaginons qu'elle représente un océan, tandis que les fauteuils sont des îles qui nous sauvent du déluge. Nos jeux sont bien futiles aux yeux de notre grande cousine Sylvie, qui cependant, malicieuse, s'amuse à nous donner des ordres comme une institutrice, lorsque nous nous hasardons dans sa chambre.

Sylvie a deux ans de plus que moi. Il y a des posters de chevaux et de groupes de rock aux murs de sa chambre, et elle va avoir une mobylette.
Quand nous sommes fatigués, nous nous plongeons dans des bandes dessinées, ou dans les vieux numéros d'Astrapi qui traînent dans la bibliothèque d'Elise. Ce n'est plus de notre âge, mais on s'en fiche.

Un poster dans leur cuisine (Lily étant également le surnom d'Élise)
Leur jardin
Chez eux, les us et coutumes ne sont pas tout à fait les mêmes que chez nous. Par exemple, au petit déjeuner, ils peuvent manger des chocos BN. Pour le reste, je reconnais comme un air de famille : une certaine discipline maternelle, une certaine souplesse paternelle... Une ambiance aussi livresque que ludique, et de la bonne humeur, dans l'ensemble.

Notre séjour se termine. Notre tante Catherine nous conduit en voiture à Yvetot, un bourg agricole à mi-chemin entre Rouen et le Havre, où elle doit nous restituer à nos parents. Notre cousine Elise viendra passer en retour quelques jours chez nous à Rouen.

Mon cousin Stéphane (à droite !)
L'année suivante, après des vacances similaires passées au Havre, nous retrouvons nos parents non pas à Yvetôt, mais au Bec-Hellouin, un petit village brumeux et humide de l'Eure. Nous sommes accompagnés pour l'occasion de notre cousin Stéphane, qui s'en va passer tout seul quelques semaines au monastère du Bec-Hellouin. Ni lui ni ses sœurs ne sont catholiques, mais il a, paraît-il, l'intention d'y faire une « retraite » pour méditer. Stéphane, de quatre ans seulement mon aîné, a des préoccupations spirituelles qui me laissent complètement perplexe. Il a beaucoup changé : il y a quelques années encore, on trouvait dans sa chambre des figurines de Star Wars et des boîtes de jeux de rôle. Il y a quelques années encore, nous pouvions nous glisser dans sa chambre sur la pointe des pieds, l'espionner en nous retenant d'éclater de rire, avant qu'il ne nous aperçoive du bureau où il lisait en silence, et ne se précipite vers nous en rugissant : « Misérables petits vermisseaux ! ». Nous décampions alors en poussant des cris hystériques. Mais cette année, assis à l'avant de la voiture, en partance pour une semaine d'étude et de méditation dans cette abbaye brumeuse de Normandie, il semble bien au-dessus de ces enfantillages.