1979

Ce mois de janvier est froid, et il neige à plusieurs reprises sur la région.

Ce sera le prétexte de quelques batailles de neige dans le jardin.

Mes parents s'amusent de ce que je m'exclame devant cette toile : "Oh, il pleut !"... Moi je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant... C'est l'évidence même.
Au printemps, nous allons voir la rétrospective Magritte à Paris.

Découvrir Paris, et le centre George Pompidou, si bizarre, avec ces gros tuyaux en verre, ces escalators, ces gens grouillant de partout, et ces peintures énigmatiques... Quelle expérience !

Le centre Pompidou présente le même jour une exposition intitulée Le temps des gares, que nous allons également voir, et qui me fascine tout autant.

C'est que les trains exercent déjà sur moi un attrait particulier, qui s'accentuera avec le temps.

L'Empire des Lumières, Magritte, Pompidou, 1979
Les rails, les tunnels, les boyaux, la ville. Symboles organiques ? Symboles des croisées du destin ?

De retour à Rouen, on punaise l'affiche de l'exposition Magritte sur un mur de ma chambre.
J'aime cet Empire des lumières. Je ne remarque pas le paradoxe du jour et de la nuit simultanément représentés. J'y vois une maison, ma maison, celle de mes parents, celle de Mont-Saint-Aignan. J'y vois une scène urbaine, paisible, familière, mais non dénuée de mystère, qui m'apaise et me projette dans le rêve.

L'Empire des Lumières
Week-end pascal à Barneville-Carteret.

Nous dormons à l'hôtel. C'est ma première nuit dans un hôtel, et je ne trouve pas l'expérience fantastique (je m'échappe même de la chambre où mes parents nous ont lâchement abandonné, ma sœur et moi, pour aller les rejoindre dans le restaurant de l'hôtel où ils dînent tranquillement en tête-à-tête, les monstres...)
C'est notre premier séjour dans le Cotentin. Ce ne sera pas le dernier.

Ma mère à Vernet
Fin juin, nous passons une semaine à Vernet-les-Bains.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons quelques jours chez Laurence et Picolo, un couple d'amis de mes parents. Ils habitent près de Condom, en Dordogne, dans une vieille ferme qu'ils retapent comme ils peuvent. C'est assez rustique.

Lui est brocanteur, et naturellement je vais fouiller dans le bâtiment où il remise toute sa broque. C'est plein de poussière et d'objets dont l'utilité m'échappe. Je finis par dénicher un képi de gendarme, que Picolo m'offre aussitôt, un objet qui fera mon bonheur pour plusieurs années. Mon père, lui, se trouve un grand bureau en bois, que Picolo lui ramènera à Rouen avec sa camionnette quelque temps plus tard.

Je garderai de cette escapade en Gascogne le souvenir de plantureux paysages, verts et jaunes, dormant dans un vent tiède sous le ciel bleu.

Laurence

Maternelle (1979-1980), Ecole Berthelot
A la rentrée, je dois retourner en maternelle pour la troisième année consécutive, parce que je suis du mois de juillet, et qu'il aurait fallu que je sois né avant le 1er juillet pour être autorisé à passer dans la classe supérieure. Ainsi en a décidé le Rectorat.
Ma mère et mon institutrice disent que c'est un peu idiot parce que je sais déjà pratiquement lire, et que je n'aurais rencontré aucune difficulté en CP. Mais le règlement, c'est le règlement !
Un mal pour un bien, je retrouve mes camarades de classe Antoine, Laurence, Patrick, Laetitia, Pascal, Marion, Paul...