Prépa

Je viens d'avoir 18 ans, j'entre en prépa HEC.

Décision prise à la hâte, sous l'influence du climat élitiste qui règne dans mon lycée : les bons élèves ne s'inscrivent pas en fac, voyons, ils intègrent une classe préparatoire !
Les études commerciales ne me font pourtant pas spécialement envie – du reste, je ne sais même pas ce que c'est, le commerce, ni le monde des affaires, ni même celui du travail. Mais comme aucun élève autour de moi ne semble en savoir davantage sur ces sujets, je ne m'inquiète pas plus que ça, au début.
J'aurais dû.

Mais commençons par une petite galerie de portraits, avant d'entamer la chanson des regrets.

Les profs

Ouh la la...
Bien que vêtu d'une blouse en cours, et bien qu'il prît très au sérieux l'inégalité de Taylor-Lagrange, autant que celles des accroissements finis, notre professeur de mathématiques, M. Sahal, n'avait rien d'un croque-mitaine.
Encore assez jeune, abordable, plaisantin, il s'est rapidement rendu populaire auprès des élèves pour son mélange subtil de bonhomie et de sérieux. Il est même venu prendre quelques verres avec nous au Balto, en fin d'année.
Auteur d'un livre technique sur le bridge (« Les Enchères de chelem dans le bridge de compétition moderne ») mais aussi de plusieurs ouvrages scolaires au dessus de tout soupçon, c'était un grand spécialiste des probabilités, ce qui tombait à pic, vu que le programme en comportait abondamment. Ah, le binôme de Newton ! Ah, les vecteurs aléatoires ! Ah la loi de Poisson !
Au cours de la soirée Prépa HEC de Noël, organisée au palais des Congrès par le BDE, et alors que j'étais bourré comme un coing et que je venais de m'effondrer sur un siège, livide, après avoir été vomir dans les toilettes des filles, il paraît qu'il est venu me parler. Je n'ai gardé aucun souvenir de cet échange et j'espère que je ne lui ai pas dit des horreurs. Curieusement, suite à cet évènement, je crois que mes notes en math se sont redressées.

L'une de nos « bibles »
Le prof d'histoire-géographie économique, M. Toumelin, je le connaissais déjà pour l'avoir eu en terminale. Habité par sa matière, il avait un sens consommé de l'accroche et de la formule, souvent ironique. Enseignant consciencieux et pressé, il pénétrait dans la salle en coup de vent, ouvrait sa mallette, jetait un œil furtif sur ses notes, avant de prendre la parole sans plus attendre : « Alors, la dernière fois, nous en étions restés au rétablissement de l'étalon-or, et aux accords de Gênes de 1922... »
Il abhorrait les retardataires, que, derrière ses lunettes teintées et démodées, il fusillait du regard, et il houspillait les élèves qui avaient le malheur de discuter dans le couloir.
En prépa HEC, l'épreuve de géographie comportait la réalisation d'une carte – un peu comme au Bac, mais sous une forme plus exigeante. Cartes du Brésil, des Etats-Unis, du Japon, de la Chine, du Canada, carte des espaces industriels, des transports, de l'agriculture, des flux migratoires, il y en avait assez pour tapisser tous les murs de votre chambre. « Une carte notée 5/5 au bac, elle aura 5/20 aux concours. » nous a-t-il rapidement prévenu.
Du reste, aux interros, cet homme m'a beaucoup saqué, dans une matière où je n'étais pas mauvais jusque là. Je me suis vengé durant la soirée prépa de fin d'année, en lui renversant la moitié de mon verre de pastis sur sa veste.

Avec trois élèves de la classe (Franz, Sylvie et Stéphanie), nous partons à Strasbourg...
Conseil de l'Europe
Nous allons représenter notre lycée à une sorte de rencontre inter-universitaire, au Conseil de l'Europe
Dans le train pour Strasbourg...

Même si sa coiffure était aussi stricte que celle d'une présentatrice de journal télévisé des années 80, et bien que ses allures bourgeoises la rendissent glacée comme un sorbet chic, et raide comme un bâton d'esquimau, j'aimais bien notre professeur d'anglais. Intelligent et vif (voyez son CV), son œil ne vous perdait pas de vue. Ni vous, ni vos fautes de grammaire, ni vos contresens. De son sac en cuir, elle extrayait des quantités astronomiques de photocopies, sans s'arrêter, comme d'une corne d'abondance. Les dix premières minutes de ses cours étaient ainsi consacrées à la distribution d'articles de presse, tirés de Newsweek ou du Time. Des montagnes de textes à traduire, à analyser, voire à résumer en anglais pour la prochaine fois, c'est-à-dire pour demain.
« Big stakes in Europe », « The alliance of France and Germany against the investors and speculators who have been betting on a fall in the franc's value is extremely powerful. »
Eh oui, 1992, rappelez-vous, c'était l'époque du couple franco-allemand, du système monétaire européen, du traité de Maastricht... Nostalgie, nostalgie.

Notre prof d'espagnol, au contraire, était un petit bout de femme simple et bonasse, qui rougissait facilement. Genre votre tante Suzanne, gentille, toujours prête à vous donner une sucrerie. Bon, ce qu'elle ne m'a jamais donné, c'est la moyenne aux interros, mais il faut dire qu'en prépa, la norme veut que vous ne l'ayez pas, comme vous le savez... Pourtant, je crois qu'elle m'aimait bien, cette prof – subjuguée par mon irrésistible charme, certainement – et peut-être aussi parce qu'elle m'était reconnaissante pour le dévouement que je mettais à répondre aux questions qu'elle posait en vain à la classe, des questions qui tombaient lamentablement dans le vide, vu que nous avions cours de 12 à 13 dans une salle chaude et moite, et que tout le monde ne rêvait que d'une chose : aller déjeuner.
« ... en dar la réplica a las grandes superficies no provienen tanto de los horarios como de causas estructurales implícitas en los mecanismos de la economía de mercado, y que podrían, en todo caso, ser aliviadas mediante medidas de fomento, pero nunca de prohibición. Sin duda, las distintas ... »
Au secours ! On a faim !!

Bizarrement, je ne suis plus très sûr de qui nous avons hérité en cours de français... N'était-ce pas cet ours énorme et cardiaque, spécialiste des humanismes et des existentialismes ? Je crois qu'il a jeté l'éponge au bout de quelques semaines, après s'être fâché avec des élèves en cours de grec. Il a été remplacé par un jeunot à l'accent du sud. Au teint du sud. Et à la mollesse du sud. Je ne vous cacherai pas qu'il m'exaspérait un peu celui-là : en plus d'être incohérent et brouillon, il menait ses cours à l'allure d'une partie de pétanque, et radotait comme un papi.
Nous ne fûmes guère mieux lotis avec le prof de philo, une momie neurasthénique venue se réfugier dans l'étable de l'Education Nationale. Comparé à ma prof de philo de terminale, une girafe vive et précise, avec de jolies jambes et un petit air de Françoise Sagan, bonjour tristesse.
(oui, bon, elle était facile, celle-là)

La cour d'honneur de mon lycée (©)
Chaque année, les programmes de classe prépa mettent à l'honneur un thème de culture générale.
En 1992-1993, en prépa HEC, c'était le corps, un sujet diablement intéressant me direz-vous, mais qui me renvoyait justement à ce qui me posait problème (je veux dire par là que je ne me sentais pas très bien dans mon corps, comme vous l'aviez compris). Ces belles vacances d'été précédant la rentrée, je les ai donc consacrées à la lecture studieuse de Platon, de Bergson, de Descartes... assis sur quelque dune, en me massant les doigts de pieds dans le sable tiède d'une plage océanique... Avec tout le respect que je dois à Socrate, je dois avouer que non seulement il ne m'est rien resté de ces lectures philosophiques, mais ce ne sont pas elles qui m'ont aidé à mieux me sentir dans mon corps.

Enfin il y avait le prof de science éco. Une sorte de crapaud à lunettes couvert de poussière, en partance pour la retraite. Son dada, c'était les changes flottants, les droits de tirages spéciaux et les paniers de devises. Autant vous dire que je n'ai pas été le voir souvent.

Ah, j'oubliais Mme Pynson, chargée des cours de communication. Vous savez, la bonne-femme qui s'imagine qu'elle est bien habillée, qu'elle possède un beau sac, et qu'elle s'exprime clairement. Quand elle traversait la cour d'honneur du lycée, dans ses petites bottines en cuir, la tête haute, et qu'elle passait sous la statue de Pierre Corneille, vous pouviez l'entendre penser : « Comme je suis élégante aujourd'hui ! »
Alors qu'elle n'a jamais ressemblé à autre chose qu'à un épouvantail.
Censée aider les élèves de prépa à mieux appréhender leurs épreuves orales de concours, et à leur apporter des techniques de communication, elle dégageait paradoxalement un parfum de fausseté et de fuite qui rendait le dialogue avec elle assez désagréable. Par exemple, elle s'adressait à la classe tout en regardant par la fenêtre. Et si d'aventure elle dirigeait son regard vers vous, elle semblait fixer un point situé juste derrière votre tête. Incapable de mémoriser le moindre prénom, avec son air continuellement ahuri, elle ne manquait cependant jamais de remarquer les défauts vestimentaires des uns et des autres (elle fustigea ainsi mon col de chemise « qui dit oui, qui non »). Aux questions qu'on lui posait, elle répondait à côté, et s'impatientait lorsqu'on insistait. Cette cinglée est rapidement devenue un sujet de plaisanterie. Je la connaissais bien, vu qu'elle avait été ma prof d'espagnol en classe de première, et que ses cours finissaient souvent en mémorables chahuts.

La vie en prépa

Un mot échangé avec Sylvie, pendant un cours
Comme dans toute prépa, il ne fut question que de bosser. Du matin au soir, de septembre à mai, on nous a répété à l'envi que s'il y avait bien une année de notre existence à consacrer entièrement au travail, ce serait bien celle-ci.
Pour moi qui ne retrouvais le bonheur d'avoir des amis que depuis un an ou deux, et qui sortais enfin de mon cagibi (pas encore du placard) après des années de morosité et de solitude, rien ne me réjouissait moins que cette immersion continue dans les cours d'éco et les précis de mathématiques. De plus, la plupart des autres élèves de la promo me semblaient disposer d'une motivation et d'une capacité de concentration bien supérieures à la mienne, ce qui m'isolait et me démotivait encore plus.

Cette impression de décalage ne m'a pas empêché de sympathiser avec quelques jeunes filles amusantes : Anne-Sophie, qui ruminait du chewing-gum la bouche ouverte, et qui portait des boucles d'oreille immenses. Virginie, sa copine de Dieppe (« Poisson dieppois, poisson de choix », lui répétais-je...). Laure, avec son imper beige, ses cheveux filasses et ses airs désabusés. Et Sylvie bien sûr, une fille très brillante avec qui j'étais en cours depuis la sixième, qui a intégré une bonne école de commerce à la fin de l'année (Nancy), après avoir gémi toute l'année qu'elle se planterait aux concours.
Allez, je me moque un peu d'elles, comme ça, mais s'il y a une chose de cette époque qui peut encore éveiller de la nostalgie en moi, c'est bien le souvenir de ces camarades de classe, toutes brinquebalées sur le même bateau.

Sinon, en classe, entre deux gribouillis, j'observais évidemment les mecs. Il y en avait un en particulier, « à donner vapeur » comme je l'écrivais dans mon journal. Un jour, toute la promo s'est rendue à Paris pour une conférence publique sur le thème du corps. Je n'ai pas le moindre souvenir de ce qui nous fut raconté là-bas, mais je me rappelle très bien l'effet délirant que la proximité du corps de ce garçon produisit sur moi, dans le car au retour, alors qu'il était assis sur un siège à ma gauche.

Un programme de colles
Mais trêve de lubricité oiseuse. Et les colles dans tout ça ?
Les khôlles, ce sont ces interrogations orales auxquelles vous vous soumettez, une à deux fois par semaine, après les cours. Vous entrez dans une salle de classe, l'enseignant vous remet un sujet, que vous allez préparer dans un coin durant une vingtaine de minutes. Pendant ce temps là, l'élève qui vous précède fait sa prestation : un exercice d'algèbre au tableau, un commentaire de texte en anglais, une question de cours en histoire. Quand il a terminé, c'est votre tour. Mal à l'aise, vous vous asseyez en face du prof, vous lui débitez vos salades, en suivant un semblant de plan structuré, et en essayant de masquer le vide de votre ignorance, hélas vite dévoilée aux premières questions qu'il vous pose. Quand vous avez fini, il vous met une mauvaise note, vous laissez la place à l'élève suivant, et vous pouvez rentrer chez vous, juste à temps pour dîner (et après avoir mangé, vous avancerez un peu votre DM de math – devoir maison – à rendre pour vendredi, et/ou celui de philo, à rendre pour mercredi).

Et le samedi ?
Le samedi, vous n'avez pas cours. Car c'est le jour des DS, des devoirs surveillés de quatre heures. En septembre, un planning vous a été remis, qui précise, pour chaque samedi de l'année, dans quelle matière vous serez interrogé.

Un petit échange avec Anne-Sophie
Elle avait d'ailleurs assez mal commencé, cette année, à cause du bizutage. De même que j'ai appartenu aux derniers contingents redevables du service militaire, j'ai fait ma prépa juste avant l'interdiction formelle de cette tradition consternante.
C'est ainsi qu'un mercredi après-midi de septembre, tous les bizuths (les nouveaux arrivants de la prépa, comme moi) se sont vus copieusement bombardés de farine, d'œufs, d'huile et de ketchup par les carrés (les redoublants de la promotion précédente). Sans pitié, ils nous ont traîné dans toute la ville, de place en place, comme des bêtes de foire. Un œuf cru qui éclate dans votre dos, c'est désagréable. Un demi-litre de pâte à crêpe séchée dans les cheveux, c'est pénible à la longue. Et gare à celui qui se rebellait ! Il était doublement aspergé, et on lui promettait une année épouvantable... Après s'être ainsi défoulés, nos tourmenteurs nous ont donné l'ordre de déambuler séparément dans les rues de Rouen, tout dégoulinants de farine et de jaunes d'œuf, avec pour mission de vendre un maximum d'autocollants et de morceaux de PQ.
Heureusement, le soir venu, – après s'être lavé – tout le monde s'est réconcilié dans une pizzeria assourdissante et de mauvais goût du centre-ville. Happy end. C'était donc là l'objectif : souder les élèves, créer un esprit de corps, rapprocher les futurs membres d'une même caste socioprofessionnelle, comme contribuent également à le faire, à leur manière, les soirées prépa, soirées médecine et autres soirées pharma.
En ce qui me concerne, je crois que ça n'a pas très bien fonctionné. Dès le mois de novembre, j'ai commencé à sécher les cours, et je ne figure même pas sur la photo de classe.

Du reste, la satisfaction d'avoir rejoint un certain groupe social, promis à des carrières de haut niveau, l'auto-émulation collective, l'aiguillon de la compétition, et le plaisir secret d'imaginer son avenir pavé des meilleurs auspices, avec la bénédiction imaginaire de toute la société française et de sa sacro-sainte filière grande école, n'ont pas tenu longtemps chez moi.

Les concours

Sujet concours Ecricome 1993
Vers le mois de mai, j'ai passé les principaux concours (ESCAE, ECRICOME) – puisque avant la réforme de 1995, il était encore possible de s'y frotter à l'issue d'un an d'étude, et non de deux comme aujourd'hui. J'ai décroché quelques admissibilités, à l'ESC du Havre, de Tours, et à l'INT. Bel exploit, compte tenu de mon manque d'assiduité (il faut bien que je me trouve un motif de satisfaction dans tout ça). Mais je m'en fichais, et je ne me suis même pas présenté à tous les oraux. A l'ESC du Havre, je suis arrivé à l'entretien d'anglais hirsute et débraillé, avec du sable dans les cheveux, du sable de la plage où, rempli d'indifférence, j'étais allé m'allonger juste avant. A quoi bon passer des oraux, puisque j'avais déjà pris la décision de me réorienter à l'université ?

Les deux promos 1992-1993 réunies
Encore maintenant, je me demande bien à quelle carrière j'aurais pu prétendre en sortant d'une école de commerce.
Un jour, avec quatre ou cinq élèves de la promo, nous avons rendu visite à un responsable marketing de chez IBM. Dans une salle de réunion fonctionnelle de sa grande entreprise, il nous a expliqué en quoi consistait son métier. Loin de susciter une vocation chez moi, son baratin m'a aidé à mieux mesurer la distance qui sépare le cursus scolaire HEC, du milieu auquel celui-ci vous destine.
Car quoi qu'on en dise, ces études de prépa – pas inintéressantes dans l'ensemble, et pleines de recommandations avisées et de bon sens – ne vous seront professionnellement guère utiles à mon avis, et vous en oublierez l'essentiel. Elles n'auront jamais été qu'un outil de sélection, doublé d'un rite de passage – l'ironie du sort voulant qu'elles soient dispensées par des profs qui ont généralement fui le système productiviste et mercantile que ces futurs commerciaux et financiers s'apprêtent justement à embrasser.
Les « grandes écoles », scientifiques ou commerciales, vous donneront surtout le droit symbolique de gérer, de manager, d'ordonner à des hommes et des organisations entières… Marchepieds pour les ambitions des rejetons bien nés, elles seront également utiles à tous ceux qui ne sont pas issus de familles de cadres dirigeants. Car elles vous adoubent, elles vous ôtent la culpabilité qu'il y a à occuper des fonctions hiérarchiquement élevées (plus élevées que celles de vos parents par exemple), la culpabilité qu'il y a à dominer d'autres individus et à gagner plus d'argent qu'eux... puisque vous l'avez mérité.

Un couloir du lycée Corneille
Oh, j'ai conscience des limites de mon discours sociologisant.
« La classe Prépa EC est un centre de reproduction de classe dominante... » ai-je lu quelque part. Pour les écoles parisiennes très honorablement cotées, celles de la bourgeoise francilienne, probablement.
Mais pour les autres...
Car si, quelques années après avoir quitté votre petite ESC provinciale, moderne et « entrepreneuriale », vous n'êtes devenu ni Corporate Business Manager pour un grand groupe bancaire, ni International Financial Planner au Luxembourg, ni Business Banker à Londres, ni un talentueux Project Manager à Montréal, et ce, en dépit de vos beaux yeux et de vos courageuses tentatives pour vous distinguer de la terne masse des gestionnaires, c'est que la société, impitoyable comme JR dans Dallas, a estimé que vous ne méritiez pas mieux que de finir comme modeste attaché commercial dans une PME du Cantal ou du pays de Caux.
Don't get me wrong, je ne vois rien de mal à ça.
Après tout, la seule chose qui compte, c'est d'être heureux dans la vie, et en particulier de l'être dans son métier, si humble soit-il.
Voilà bien une chose qu'on n'entend pas souvent sur les bancs de la prépa.

résultats des concours d'entrée aux grandes écoles, en 1993 en seine-maritime (publié dans paris-normandie du 17/12/93)
Résultats des concours d'entrée aux grandes écoles à Rouen, publiés dans “Paris-Normandie” en 1993
Avec le recul, je pense que seule une personne psychologiquement équilibrée, dotée d'un bon moral, d'une sérieuse motivation, dans un environnement propice au travail scolaire, peut réussir ce genre d'études.
Sans vouloir me trouver des excuses, ce n'était pas mon cas, surtout pour l'équilibre psychologique.
Fidèle à moi-même, et à mes boulets névrotiques, j'étais incapable de me projeter un peu concrètement dans l'avenir sans me figer d'angoisse. Je me doutais en particulier que mes parents ne disposeraient pas des moyens financiers leur permettant de m'envoyer étudier dans une autre ville, après les concours, ni d'acquitter les frais de scolarité de ma future école. Et l'idée de m'endetter auprès d'une banque, pour payer un cursus qui ne m'emballait finalement pas beaucoup, me semblait risquée.

Avec mon manque de confiance en moi, mon fatalisme, mon inconstance, ma peur du monde du travail (qu'on se rappelle ce qui est arrivé à mes parents quelques années plus tôt !), mon infantilisme et ma paresse, tous les ingrédients étaient réunis pour que cette année de prépa HEC finisse en eau de boudin.

Une des cours du lycée Corneille
Les lecteurs attentifs auront remarqué que les causes de cet échec, telles que je les dégage en dernière analyse tout du moins, ne sont pas liées à certaines spécificités du cursus HEC, mais me sont tout à fait personnelles.
C'est d'ailleurs comme ça que mon année de licence de mathématiques, trois ans plus tard, finira elle aussi en eau de boudin. Mais c'est déjà une autre histoire, que je vous invite à découvrir dans les pages suivantes...