1982

Notre voisine institutrice (en 2005)
Pour faire les courses, ma mère se rend parfois au centre commercial "Super M" de Rouen, en centre-ville (à l'époque, les hypermarchés ne sont pas encore très répandus). Au rayon des livres, je m'absorbe dans la lecture des BD de Tintin, tandis que ma mère remplit son caddie de yaourts, de choco BN, de Ronron, de lessive Ariel et de coquillettes. Ma sœur et moi nous aimons aussi nous pousser mutuellement dans les vêtements du rayon textile, ce qui nous faire rire aux éclats, jusqu'au moment où un agent de surveillance, ou un client, nous demande d'arrêter. Arrivée aux caisses, ma mère accepte parfois de m'acheter la bande dessinée que j'avais commencé à lire. C'est ainsi que se constitue progressivement ma collection de Tintin.
Après celles d'Hergé, je tombe amoureux des bédés de Franquin – avec Spirou, Fantasio, et Gaston Lagaffe évidemment, que j'adore, dont les gags me font rire aux éclats, le soir dans mon lit.

Couverture du numéro 100 d'Astrapi
On m'abonne à Astrapi.
L'arrivée de ce magazine pour enfant est un moment très attendu. Je le découvre dans la boîte aux lettres, ceint de son enveloppe kraft, en début et en milieu de mois.
Si les articles cul-cul-bénits consacrés à « La passion de Jésus » ou à « La vie de Saint François d'Assise » ne me passionnent guère, j'aime bien les aventures des Copains des Tilleuls, de Touffu, et de Marion Duval.

L'ancien gîte rural de la Roche en 2009
Pâques 1982, mes parents louent le gîte rural de la Roche, à deux pas du petit port de Goury, dont nous apercevons le pinceau lumineux du phare, le soir, par la fenêtre du salon. Le long du jardin, il y a un petit ruisseau qui coule, dans lequel je me plais à patauger comme un aventurier dans une jungle tropicale, ainsi qu'une colline au sommet de laquelle affleure, sous les ronces et les ajoncs, un blockhaus de la seconde guerre mondiale.

De la famille nous rend visite : ma tante Catherine, mon oncle Daniel, ma cousine Elise et mon cousin Stéphane. Ainsi que ma marraine Jacqueline, qui nous offre à ma sœur et moi un petit canif pliable, bien utile pour nous défendre dans la jungle sauvage du petit ruisseau.

Le tapis de jeu qu'on m'achète cet été dans un magasin de jouets de Prades (Prades, sous-préfecture des Pyrénées-Orientales, comme chacun sait)
En juin 1982, comme chaque été, nous descendons à Vernet-les-Bains.

A Vernet, il y a une piscine, où nous allons tous les matins.
Je suis très fier de montrer à mes parents les quelques mouvements de brasse que j'ai péniblement appris en cours de natation avec l'école.

Mais je continue à préférer le petit bassin, là où j'ai pied.

Il fait bien chaud en ce mois de juillet.
Ma sœur et moi arrosons le jardin à notre manière.

Qu'est-ce que je peux faire ?
Ch'sais pas quoi faire...
Mon ami Antoine déménage. C'est un coup dur. Il habitait si près, nous étions si proches, on s'amusait tellement bien ensemble, depuis des années.
Il déménage pour un autre quartier de Rouen, où il est prévu qu'il fréquente une autre école.
Quelques semaines après son départ, il m'invite dans sa nouvelle maison. C'est mon père qui m'accompagne. On sonne à l'entrée. A peine Antoine a-t-il ouvert le portail, à peine m'a-t-il vu, qu'il m'entraîne en courant dans le jardin, pour me faire visiter son nouvel univers. Cet après-midi là, on s'amusera comme avant. Mais ce sera la dernière fois. Avec la facilité qu'ont les enfants pour tourner la page, je l'oublierai. Un an plus tard, il ne sera déjà plus qu'un nom, une amitié préhistorique.

En septembre, j'entre en CE2, dans la classe de Mme Périgne, une femme douce et déjà un peu âgée.

Ma classe de CE2
En classe, nous lisons Les deux Gredins, un classique de Roal Dahl, ainsi que les Contes de la rue Broca.

En décembre 1982, je suis très marqué par le film de Spielberg E.T.

Mes parents se disputent.
Ah, ces histoires conjugales...
A la télé, on passe Papa Poule, une série qui raconte les aventures d'un homme élevant seul sa progéniture, issue de lits différents.
Et si ça m'arrivait ? Je veux dire, si mes parents finissaient aussi par se séparer ? Car mon père a une maîtresse, on le sait tous, et maman le prend très mal.
Je n'ose pas y penser.

En 1982 avec mes cousines Elise et Sylvie (ça, tendre mon assiette, je sais déjà faire !)
Ma sœur Sarah, lors d'un noël au Havre ; au second plan, mon cousin Stéphane
Comme tous les ans, nous réveillonnons au Havre, chez Catherine et Daniel. Excités comme des puces, ma sœur et moi faisons les fous avec nos cousins et cousines ; depuis les fenêtres de leurs chambres, nous attendons le moment où nos parents iront chercher les cadeaux dans le coffre de la voiture. Nous finissons quand même par nous endormir. Le lendemain matin, une brume diaphane et silencieuse plane sur la ville océane. Nous nous réveillons, et nous découvrons, émerveillés, tous les cadeaux éparpillés sur la moquette bleue du salon.

La ville du Havre sera toujours pour moi associée à ces Noël joyeux et festifs, au milieu de notre famille maternelle.

Mamie Annette, papi Jean, ma mère et moi (caché dans le ventre de ma mère)
La maison de nos grands-parents paternels, l'été 1974
La famille de notre père, elle, nous la retrouvons traditionnellement pour le dimanche de l'Épiphanie. Nous sommes invités par nos grands-parents paternels dans leur vieille demeure de Roumare, un village perdu dans la campagne normande. La tonalité y est plus froide qu'au Havre : d'abord, il n'y a pas de petits cousins ni de petites cousines avec lesquels s'amuser. Ensuite je suis moins habitué à cette famille, que je trouve un peu raide, un peu glacée, un peu sybilline, même si j'aime bien ma tante Dominique. Certains hivers, le jardin de Roumare est recouvert d'un épais manteau de neige, que je piétine pour en faire un grand labyrinthe.

La salle de bain de l'appartement de place de la Pucelle
Ma tante Dominique et son copain Jacques, eux, habitent l'ancien appartement de la place de la Pucelle que mes parents occupaient encore en 1975. Il leur arrive de nous héberger, ma sœur et moi, lorsque nos parents s'absentent de Rouen pour quelques jours. Dans le salon, il y a un vrai fleeper, et qui marche en plus ! Et une fois, ils nous emmènent voir un James Bond au cinéma (Dangeureusement vôtre, en 1985), avant de nous amener dîner dans une pizzeria ! Ça c'est une soirée !

Parachute !
Dominique me fait parfois des super-cadeaux, des trucs modernes et à la mode que mes parents ne voudraient certainement pas m'offrir.
J'entends encore mon père me dire un soir, juste avant de passer à table :
— Tiens, il y a Dominique qui a laissé ça pour toi.
J'aperçois un petit paquet beigeasse, à côté de mon assiette.
— Oh ça va encore être du nougat, ou du touron, dis-je d'un air blasé en déchirant le papier cadeau.
Mais quand je découvre qu'il s'agit d'un jeu électronique "Game and Watch", comme un de ceux qui captivent déjà plusieurs de mes camarades de classe à la récré, quelle merveilleuse surprise ! J'en piaffe de joie. Mon ami Patrick joue à Donkey Kong ? Eh bien moi, je jouerai à Parachute !